Que signifie l’expression « Serrer la vis »

01/09/2021 3 min

par Julien Soulié

Le bricolage est l’un des loisirs préférés des Françaises et Français – un engouement qui semble même s’être accru ces dernières années… Jusque-là, rien de très étonnant, me direz-vous : c’est une activité qui procure détente et l’intense satisfaction de réaliser quelque chose de ses dix doigts (ce qui, soit dit en passant, est très loin d’être mon cas, voilà vous savez tout). Bref, le bricolage, c’est tendance.

Certes. Mais je ne sais pas si vous avez déjà remarqué : les expressions métaphoriques associées au bricolage ou à des outils sont loin de rendre justice à cette glorieuse activité manuelle.


L’escalier, cep par ici !

Prenons l’expression serrer la vis. Au sens propre, tout va bien : il vaut mieux bien serrer la vis si vous voulez ne pas vous retrouver les quatre fers en l’air en posant votre délicat postérieur sur cette superbe chaise que vous venez de monter.

Au passage, rappelons l’étymologie enivrante (pour ainsi dire) de notre vis : ce mot est issu du latin vitis, qui signifiait « vigne, cep de vigne », avant de désigner en ancien français un escalier tournant (aujourd’hui encore, on parle bien d’escalier à vis). La forme hélicoïdale a ensuite servi de point commun entre l’escalier et notre petite tige cylindrique (ou tronconique, soyons précis, s’il vous plaît), ce dernier sens apparaissant dès le XIe siècle.


On nous mène la vis dure

Mais c’est au sens figuré que ça se gâte : si votre boss / vos parents / votre partenaire (rayer la mention inutile) vous serre(nt) la vis, pas sûr que ce genre de bricolage emporte votre franche adhésion. Il y est question de sévérité, de soumission, de restriction de vos libertés – la tyrannie n’est alors jamais loin et il vous sera bien difficile de vivre votre vis…

Mais ne nous plaignons pas trop : à l’origine, serrer la vis à quelqu’un signifiait, dans l’argot du XIXe siècle, « tordre le cou, étrangler ». Ce n’est qu’ensuite, par une seconde métaphore, que cette expression en est venue à s’appliquer à un traitement rigoureux. Entre soumission et strangulation, faites votre choix !


Des clous !

Cela dit, il n’y a pas que la vis qui soit victime de la dureté de nos locutions : prenons son cousin moins raffiné, le clou. A moins qu’il ne soit du spectacle, il connaît souvent, pauvre petit être de métal, un sort linguistique peu enviable : être maigre comme un clou n’est guère valorisant – de là à dire que cette expression ne vaut pas un clou…


Complètement marteau

Pour enfoncer le clou, un marteau sera nécessaire (quoique je sois nul en bricolage, sur ça, je pense avoir bon). Toutefois, là encore, notre outil de percussion préféré n’a pas eu une destinée très… frappante (peut-être à cause de tous ces doigts abîmés, estropiés, martyrisés) : si vous êtes entre le marteau et l’enclume, prenez garde à ne pas devenir marteau.

Et puisqu’on en est à parler de folie, le pauvre petit boulon n’a pas une vie lexicale de dingue : la locution péter un boulon (et ses dignes remplaçants : une durit, un câble, un fusible…) évoque assez bien la machine cérébrale humaine qui se détraque – encore du travail de bricolo !

D’ailleurs, comme par hasard, on trouve aussi l’expression serrer les boulons, de même sens que notre locution serrer la vis. Et c’est ainsi que la boucle est bouclée. Décidément, c’est à croire que notre langue aime moins les vis que les vices – mais ça, c’est une autre histoire…

L’info en plus

Vous avez l’habitude de dire un vis et non une vis ? Vous avez mal choisi votre époque : si aujourd’hui c’est une erreur, sachez que, pendant le haut Moyen Âge, vis était très souvent du genre masculin !



Article rédigé par l’auteur Julien Soulié. Découvrez son portrait ici.