En mai, dans le potager, fais ce qu’il te plaît (ou presque) !

23/05/2021 3 min
potager mai

En mars déjà et plus encore en avril, j’ai semé dans mon potager avec frénésie : des légumes primeurs (radis, pois, carottes, navets…), des panais, des épinards, de la salade… J’ai aussi planté mes pommes de terre sous paille dès que les lilas ont fleuri. Au mois de mai, je trépigne, je piaffe : c’est (enfin !) au tour des tomates, courgettes, concombres et autres plantes frileuses. Mais attention : pas avant les « saints de glace », affirme-t-on de génération en génération de jardiniers. Ce que j’en pense ? Que cela se discute.


Qui sont les saints de glace ?

Pourquoi attribue-t-on ainsi à saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais (tous saints du calendrier chrétien) ces jours de gel, respectivement les 11, 12 et 13 mai ? Certainement en raison des « Rogations » instaurées par saint Mamert au Ve siècle. Il s’agissait, juste avant la fête de l’Ascension, de trois jours de cérémonies religieuses dans les champs et les vignes pour demander la protection divine contre les calamités. Notamment contre le gel qui, en cette période de douceur printanière, peut brûler les fleurs et les jeunes pousses. L’Église catholique décida donc de fêter durant ces trois jours les saints les plus invoqués pour la protection des cultures contre le froid.


Observation et protection

Les relevés météorologiques l’attestent : il ne gèle pas spécialement durant les saints de glace. Il peut bien sûr faire froid… comme durant tout le mois de mai. Mais les températures peuvent également rester constamment douces, sans aucun rafraîchissement. Il peut même faire chaud et sec dès le mois d’avril, comme on l’a observé ces trois dernières années. Alors, faut-il ou non se vouer à ces saints ? Oui, mais certainement pas aveuglément ! Je m’en sers comme un rappel : au mois de mai, en avant les plantations et les semis dans le potager… Mais avec vigilance, car il peut toujours geler. Si les températures chutent au coucher du soleil, que la nuit est claire et étoilée, je protège les plantes frileuses (melon, artichaut…) avec un voile de forçage – perméable à l’eau et à l’air, ce simple voile n’empêche pas les plantes de respirer et de s’hydrater – qui assure une protection contre les changements brutaux de température et que je retire le lendemain matin. Et je couvre les tomates, poivrons et aubergines d’abris improvisés : des bouteilles d’eau de 5L au fond découpé.


Cultures de mai : patience et observation

Même si les calendriers de cultures m’indiquent que la période est favorable, je m’assure que le sol soit bien chaud avant de semer les haricots. Je creuse à peine un sillon dans le sol, dans lequel je dispose les graines. Je les recouvre d’un voile de terre très léger : les haricots doivent, selon le dicton « voir s’éloigner le jardinier ». Au lieu de planter, mi-mai, mes courges, concombres, courgettes et autres cucurbitacées, je préfère attendre la fin du mois, voire le début du suivant, pour semer les graines directement en pleine terre. En ancrant leurs racines dans le sol, sans subir aucun stress de repiquage, les plants poussent alors très vite, bien plus vigoureusement que ceux qui ont été élevés au chaud, en godet. Je patiente ainsi, jusqu’à fin mai, pour semer directement dans le potager le plus de légumes d’été : physalis, basilic, maïs…

Et en juin ? A suivre…


Article rédigé par la jardinière et journaliste Guylaine Goulfier. Découvrez son portrait.